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Jour 11/31Publié le 24 juin 2026

De la faiblesse à la lumière

Moïse : la bouche lente devenue parole de Dieu

Par A. R. Keba Keba

Passage biblique

« Moïse dit à l'Éternel : Ah ! Seigneur, je ne suis pas un homme qui ait la parole facile... car j'ai la bouche et la langue embarrassées. L'Éternel lui dit : Qui a fait la bouche de l'homme ?... Va donc, je serai avec ta bouche, et je t'enseignerai ce que tu auras à dire. » (Exode 4, 10-12)

Texte d'enseignement

La vie de Moïse se découpe en trois fois quarante ans, qu'un mot d'esprit ancien résume ainsi : quarante ans à apprendre qu'il était quelqu'un (prince d'Égypte), quarante ans à apprendre qu'il n'était personne (berger en Madian), quarante ans à découvrir ce que Dieu peut faire avec quelqu'un qui sait qu'il n'est personne. Au chapitre 2 de l'Exode, Moïse tente de libérer son peuple par sa propre force : il tue un Égyptien, et tout s'effondre. Échec, fuite, désert. La vocation semblait morte. Or c'est au désert, devant le buisson, que Dieu rappelle. Et le dialogue d'Exode 3 à 4 est extraordinaire : cinq objections de Moïse, cinq réponses de Dieu. La plus poignante est celle de la bouche : « je ne suis pas un homme qui ait la parole facile ». Tradition juive et exégètes y ont vu un véritable trouble de la parole, un bègue pour porter la Parole ! La réponse de Dieu ne guérit pas le défaut : « Qui a fait la bouche de l'homme ?... Je serai avec ta bouche. » Dieu ne dit pas : « tu parleras bien », mais : « je serai là ». Le défaut demeure ; la présence le traverse. Le personnage : l'homme brisé devenu le plus humble des hommes. L'échec de l'Exode 2 n'était pas un accident de parcours : il était nécessaire. Le Moïse de quarante ans voulait libérer Israël à sa manière, par la violence, dans la conscience de sa force. Ce libérateur-là aurait écrasé le peuple comme il avait écrasé l'Égyptien. Le désert l'a vidé : à quatre-vingts ans, il ne se croit plus capable de rien, et c'est exactement l'homme qu'il faut à Dieu. Nombres 12, 3 dira de lui : « Moïse était un homme fort humble, plus qu'aucun homme sur la face de la terre. » L'humilité de Moïse n'est pas un don naturel : c'est la cicatrice de son échec, devenue le socle de sa grandeur. Et le bègue de l'Exode deviendra l'homme à qui Dieu parlait « face à face, comme un homme parle à son ami ».

Application pour aujourd'hui

Quel est votre « je ne suis pas capable » ? Manque d'instruction, timidité, passé chargé, âge, santé ? Écrivez votre objection telle que vous la dites à Dieu, puis écrivez en face Exode 4, 12 : « Va, je serai avec ta bouche. » Demandez-vous ensuite : quel service ai-je refusé, quelle parole ai-je tuée, quel appel ai-je enterré à cause de ce défaut ? Faites cette semaine un pas (un seul) précisément dans le domaine où vous vous sentez le moins doué, en comptant non sur vous mais sur la promesse. Un pas. Pas un saut. Un pas de bébé, dans la direction où vous avez peur d'aller.

Prière

Dieu du buisson ardent, toi qui choisis un bègue pour porter ta Parole et un fugitif pour libérer ton peuple, je te présente mes lenteurs, mes incapacités et mes quarante ans de désert. Tu sais ce que j'ai raté en voulant agir par moi-même. Rappelle-moi par mon nom, et sois avec ma bouche, mes mains, mon cœur. Que ma faiblesse devienne l'espace de ta présence. Amen.